Chapitre 7 - Vélicia

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Chapitre 7 - Vélicia

Message par Mickaël le Mar 21 Fév - 19:09


- Déclinez votre identité ! tonna une voix forte et masculine.
- Pour l'accueil on repassera. Merci pour la recommandation.
- C'est pas le moment Alex..., murmura Éliane.

L'adolescente s'éclaircit la gorge avant de prendre la situation en mains.

- Nous avons été guidés jusqu'ici pour recueillir votre aide. Il semblerait que nous ne soyons pas exactement originaires de votre... royaume.
- Qui vous a envoyé ?
- Une personne qui se fait appeler « Conteur ».

De concert, les deux extrémités piquantes relâchèrent leur pression, offrant ainsi un instant de répit aux adolescents pour se tourner vers la menace.

Devant eux se tenaient deux chevaliers, à l'allure semblable à celle des deux statues bordant le lac. Protégés par une fine armure souple et grise recouverte d'une épaisse cape bleue, les deux hommes tenaient, fermement serrée dans leur main droite, la garde d'un sabre à la lame acérée.

Si l'un d'eux, coiffé d'une longue chevelure blonde nouée, se contentait de dévisager les deux nouveaux venus, le visage blanc et émacié figé dans une moue dubitative, le second, un homme athlétique aux cheveux bruns presque rasés, avançait vers eux, un frêle sourire ébahi barrant son visage carré.

- Ce n'est pas... Comment... Comment êtes vous arrivé ici ?

Évidemment, le chevalier n'espérait qu'une réponse. Une réponse qu'Alex fut ravi de lui donner, en pointant le ciel du doigt dans un haussement de sourcils complice.

- Je n'arrive pas à croire que...
- Ne t'emballe pas, Fargon, intervint le second chevalier d'un ton glacial, avant d'avancer à son tour. Tout le monde a sûrement observé l'Étoile. N'importe qui pourrait en avoir profité pour se faire passer pour des voyageurs et tenter d'infiltrer la cité.
- Et si les voyageurs qui ont jadis traversé l'Etoile étaient tombés sur des sceptiques comme toi, Mehor, le Royaume croupirait sous les décombres depuis longtemps, répliqua Fargon, gagnant subitement en assurance. Ils ne sont pas armés de toute façon, qu'est-ce qu'ils vont bien pouvoir faire ?
- Tes croyances te mèneront à ta perte...

Le dénommé Mehor s'éloigna en secouant la tête, dans un mélange de dépit et de condescendance. Fargon ne sembla néanmoins pas lui en tenir rigueur. À vrai dire, en présence des deux extraordinaires visiteurs, il sembla même oublier jusqu'à la présence de son collègue. Il finit ainsi, après quelques secondes de flottement, par tendre la main vers les adolescents.

- Fargon, Protecteur de Vélicia. Je suis... honoré, bredouilla-t-il, comme hébété.
- Éliane, se présenta la jeune fille. Et Alex. Écoutez, pour l'instant cette histoire nous semble un peu... tirée par les cheveux.
- Parle pour toi Robbins, moi je m'éclate.
- La ferme, Mayer. Nous avons besoin de savoir ce qui se passe ici et... rentrer chez nous. Je ne sais pas si nous sommes vraiment dans un autre monde, mais dans tous les cas, nous avons besoin d'aide...
- Et de manger. J'ai les crocs vous avez pas idée.

Éliane, exaspérée, donna un coup de poing dans l'épaule de son compagnon de route. Fargon, quant à lui, assistait aux chamailleries de ces deux êtres venus d'ailleurs d'un œil étincelant.

- Je... Ne vous en faîtes pas. On va vous escorter... Et vous donner à manger !

Fargon accompagna sa déclaration d'une tape amicale sur l'épaule d'Alex, avant de grimper sur sa monture, aux côtés de Mehor.

- Nous sommes censés emprunter la plate forme pour descendre et rejoindre Vélicia. Mais je crois que pour votre arrivée, on peut prévoir l'entrée en grande pompe.
- Vélicia ? Une cité souterraine ? s'inquiéta Eliane.
- Mieux que ça !

Sous le regard dubitatif de Mehor, Fargon avança, au trot, vers les deux statues, et retira le gant de sa main gauche, laissant apparaître dans la paume un dessin que les deux adolescents, de loin, ne parvinrent à déchiffrer.

Alors, Fargon apposa sa main sur une faible gravure du flanc de la statue, un regard malicieux fixé sur le lac.

Et l'improbable se produisit.

D'abord il y eut des ridules.
Puis de l'écume.
Alors le lac s'agita, avec plus en plus de force.

Puis, projetant son ombre sur les rives du lac et les deux adolescents bouche bée, une ville entière, d'un blanc éclatant, protégée par une sphère fine et transparente à peine visible, jaillit des eaux quelques secondes auparavant immobiles.

Fargon, ravi de son effet, se tourna vers Alex et Éliane, figés par l'émotion. Comment aurait-il pu en être autrement, face à l'étendue magistrale de colonnades blanches et de temples de marbre nacré illuminant le lac de leurs reflets ensoleillés ? Comment pouvaient-ils encore laisser s'imposer la peur de l'inconnu, alors que leurs yeux vagabondaient entre ces larges allées pavées, et petits parcs au centre desquels se dressaient de si hautes fontaines qu'elles éclaboussaient les petits véliciens venus jouer alentours ?
Mais au-delà de ces merveilles que le temps n'avait su gâter – et chaque voyageur qui a traversé l'Étoile pour s'égarer sur les rives du Lac Boréal confirmera mes dires – rien n'aurait pu surpasser la grâce de la Tour.
Oh, si vous aviez vu cette tour torsadée, faîte du marbre le plus pur et dominant la cité telle une impératrice paisible. Nul doute qu'à l'image de nos deux compagnons, vos lèvres se seraient étirées en l'un de ces sourires que l'on ne réserve habituellement qu'aux enfants découvrant leurs premiers flocons de neige, ou encore à ces vieilles personnes, que la Vie s'apprête à remercier pour leurs bons et loyaux services, et qui posent une dernière fois les yeux sur une image d'un passé où tout devait encore s'écrire.

Devait-on voir en ce phénomène un reliquat de magie ? Je ne saurais moi-même le dire. Et, croyez-moi ou non, je pense ne pas vouloir le savoir.

Vélicia et sa Tour offraient à leurs voyageurs ce sourire que l'on n'explique pas, semblable à l'émerveillement du réveil, à ces maigres secondes au cours desquelles le poids de la veille ne nous accable pas encore.

Aussi, je ne ferai pas l'offense d'un raisonnement logique à l'inexplicable et pourtant si précieuse pureté d'un sentiment

Pleinement conscient d'avoir bâti dans l'esprit des nouveaux venus un souvenir qu'ils devraient à jamais chérir, quoi que leur réserve leur avenir, Fargon sortit finalement, à contre cœur, les deux adolescents de leur contemplation. Il demanda ainsi à Éliane de rejoindre Mehor sur son cheval, avant de tendre une main à Alex dans une fière déclaration :

- Soyez les bienvenus à Vélicia !

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