Chapitre 10 - Évilia Jarkon

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Chapitre 10 - Évilia Jarkon

Message par Mickaël le Dim 26 Fév - 23:46

Éperyor, le message en main, prit aussitôt congé des adolescents et des deux Protecteurs.

Une fois réunis dans un petit salon de la tour, meublé principalement de fauteuils confortables disséminés aux quatre coins de la pièce et de solides tables basses, le groupe aborda, autour de riches plateaux de fruits et salades aux couleurs automnales, le sujet de la mystérieuse missive.

- Les Éléiades sont un peuple pacifique, vivant dans les forêts de l'est, expliqua Fargon. Nos échanges sont plutôt rares, même se véliciens et Éléiades ont toujours été alliés.
- Nous avons, parmi nos archives, beaucoup de traces de relations entre nos peuples, poursuivit Siria. Et la foret des Éléiades est souvent citée dans les contes et légendes comme un lieu ampli de magie.

La Protectrice avait, sans mal, attiré la sympathie des deux voyageurs. Malgré un regard bleu électrique perçant souligné d'un trait noir, Siria avait su, d'une voix rauque pleine d'assurance, prodiguer un curieux sentiment de sécurité à ses hôtes.

- Et comment ces Éléiades sont-ils supposés savoir tout ce qui est en train de nous arriver ? s'étonna Alex. Même nous, on est dans le flou total !
- Le Reine Selphida est une personne nimbée de mystères, expliqua Fargon. On trouve dans certaines archives datant de plusieurs siècles des descriptions lui correspondant, et les rumeurs la veulent immortelle.
- Et comme notre Royaume s'apprête à devoir remettre en question toutes ses croyances, et moi avec, continua Siria en replaçant une mèche de son épais chignon de dreadlocks blondes, peut-être va-t-il falloir admettre que, comme les voyageurs, le Conteur et les étoiles, le mythe de l'immortalité de Selphida est une réalité. Et qu'elle était déjà là, lorsque la magie s'est éteinte.

Fargon ne put retenir un sourire amusé.

- Siria a toujours été une grande sceptique, commenta-t-il en se tournant vers les deux adolescents.
- Passe tout de suite au « J'te l'avais dit », coupa Siria, on gagnera du temps.
- Tu m'as encore dit la semaine dernière que tu me coincerais un jour en train de hurler à la Lune complètement nu pour invoquer la Dame d'Argent... Laisse-moi savourer ma victoire.

Siria répliqua par un rire rauque et sonore, avant de frotter énergiquement le crâne rasé de Fargon, comme on ébouriffe avec tendresse la chevelure d'un enfant.

- Je te promets que le jour où la Dame d'Argent apparaîtra sous mes yeux, je m'inclinerai bien bas devant toi. En attendant... Je vais continuer à t'imaginer réciter de vieilles incantations shamans en balançant les bras au sommet d'une montagne.
- C'est noté ! Et je te ferai tenir tes engagements, nous avons des témoins !

Alex lança un raisin dans les airs avant de le faire atterrir directement dans sa bouche, puis se pencha à nouveau vers les deux chevaliers, en répondant par un clin d’œil approbateur à la dernière réplique du Protecteur.

- Bon, du coup maintenant j'imagine qu'on va se bouger pour aller rendre visite aux Eléiades, c'est ça ?
- À peine arrivé qu'il veut déjà partir à l'aventure, admira Fargon. C'est prévu en effet. Et si le Reine Selphida sait quelque chose d'important, et a attendu l'apparition de l'Étoile pour nous en faire part, il y a fort à parier que votre présence à tous les deux soit nécessaire pour qu'elle nous en dise plus.
- Alors c'est parti ? statua Éliane. Qu'on en finisse...
- Cache ton enthousiasme Robbins, ironisa Alex. Tu vois bien que ton étalage de sentiments nous met tous mal à l'aise...
- Nous ne pouvons pas partir maintenant, répondit Siria aussitôt avec douceur, avant que ne débute une énième joute verbale. Le Royaume n'est pas si grand, le chemin ne sera pas trop long, mais demandera malgré tout un peu de préparation. Par ailleurs, vous avez besoin de repos. Vous passerez la journée à Vélicia. Lord Éperyor, de son côté, se charge déjà de trouver quelqu'un chez qui vous pourrez passer la nuit. Nous nous mettrons en route demain matin.

Chargés d'accompagner les nouveaux venus, Siria et Fargon patientèrent dans le petit salon, écoutant Alex parler de son monde entre deux vantardises et maladresses habilement placées. Éliane, quant à elle, demeura silencieuse, le regard perdu, la boule au ventre.

Tandis qu'Alex, intarissable, n'y prêtait pas grande attention, Siria, de temps à autre, lançait un coup d’œil inquiet à la jeune fille, jusqu'à ce que cette dernière finisse par se lever de son fauteuil, provoquant l'étonnement des trois autres.

- Je vais faire un tour, si vous le permettez. Je ne serai pas loin, annonça-t-elle en lançant un vague regard aux Protecteurs.
- Bien sûr, approuva Siria avec compréhension, tandis qu'Alex se contentait de hausser les épaules avant de reprendre son discours.

Il faut savoir qu'Éliane Robbins était dotée d'une grande force de caractère, et donc d'un grand sens de la fierté. Aussi, il eut été inconcevable de laisser le barrage de ses émotions céder devant des inconnus. Et plus encore devant Alex Mayer,

Elle choisit donc de s'isoler pour faire, le temps de quelques secondes, le vide dans ses idées.

Quelle destinée lui prêtait-on... Mais il devait y avoir méprise.

Tout cela ne pouvait être réel.

Voilà ce qui arrive, vous le comprendrez sans peine, aux personnes qui ont, un jour, cédé aux caprices de la fade réalité qui était la leur.
Vous seriez surpris d'apprendre à quel point Éliane aimait les histoires, lorsqu'elle était enfant. Pas un jour ne passait sans qu'elle demande à ce qu'on lui en raconte une. De celles dans lesquelles les créatures légendaires s'unissaient pour affronter tyrans et monstres sortis de terre. Elle-même se plaisait à imaginer, accompagnée du petit garçon vivant à côté de chez elle, qu'elle trouverait un jour une porte magique qui la transporterait dans un univers lointain, où elle rétablirait l'harmonie.

Mais lorsque l'enfant grandit, et qu'il est plus simple de se contenter du confort et de la sécurité d'une routine qui, peu à peu, vous impose ses propres idéaux, comment faire face à l'impensable ? Comment accueille-t-on la magie, quand on s'est fait à l'idée, bien des années auparavant, qu'elle n'existait pas ?

La porte vers un autre monde s'était ouverte, et Éliane n'avait jamais eu aussi peur. Peur de passer le seuil, peur d'accepter qu'autre chose, de plus beau que le quotidien qu'elle s'était imposé, était possible.
Parce qu'un jour, le quotidien referait surface.
Alors à quoi bon ?
Un jour, ce monde disparaîtrait comme un mirage de plus.

Plongée dans ses réflexions, Éliane s'était laissée conduire par ses pas, entre les hauts murs peints du dernier étage de la tour. Yeux baissés vers le sol carrelé, l'adolescente finit par lever la tête, s'attendant à trouver face à elle un couloir désert.

Dans un sursaut d'effroi, elle constata pourtant qu'elle n'était pas seule et qu'au bout du couloir, une grande femme la toisait, immobile.

L'inconnue était vêtue d'une chemise blanche fermée jusqu'au col, et d'un pantalon moulant rentré dans de hautes cuissardes. Un manteau de velours noir aux fines broderies rouges, si grand qu'il traînait au sol telle une cape, couvrait de son col sa nuque blanche.
L'inconnue dévisageait Éliane de ses grands yeux sombres, joyaux aux couleurs de la nuit posés sur une peau de nacre. Ses cheveux, quant à eux, étaient rasés sur un côté, tandis que sur l'autre une longue queue noire descendait en cascade sur son épaule.

Après un long instant de silence, l'inconnue entama, le visage fermé, une marche décidée rythmée par le claquement de ses talons sur le sol de marbre.

Arrivée à la hauteur de l'adolescente, toutes deux se dévisagèrent. Bien qu'impressionnée par la stature de l'inconnue, Éliane lui lança un regard de défi.

Alors, sans prévenir, la grande femme plongea sa main sous son long manteau et dégaina, du fourreau jusqu'ici dissimulé, une longue et fine épée, dont elle plaça la lame sous la gorge de la jeune fille.

- Alors, dit-elle d'une voix grave et glaciale, on examine les alentours ?
- Je peux savoir ce que vous me voulez ? tonna Éliane, tâchant de dissimuler sa peur derrière un semblant d'assurance.
- Avoir été éjectée par une Étoile ne fera pas de vous une héroïne, Éliane Robbins. Je vous aurai à l’œil jusqu'à ce que vous ayez fait vos preuves.

Mais au-delà d'un simple doute, ou d'un manque de confiance, c'est de la haine qu’Éliane perçut dans le regard de l'étrangère. Une haine glaçante, profonde, émanant d'un regard curieusement familier qui cloua l'adolescente sur place.

Il fallut attendre que l’écho de martèlement de pas rapides se fasse entendre de l'autre côté du couloir pour que l'inconnue range son épée. Et lorsque les deux femmes se tournèrent, elles aperçurent Alex, Fargon et Siria, accompagnés de Lord Eperyor.

À la vue d’Éliane et de l'inconnue, il écarta les bras, un large sourire sur son visage creusé.

- Vous voilà enfin ! Je vois que vous avez déjà fait connaissance !
- Pardon ? s'étonna l'adolescente, récupérant peu à peu sa contenance.
- Éliane, je vous présente Lady Évilia Jarkon, membre du Conseil de Vélicia.

Et tandis que cette dernière se tournait à nouveau vers Éliane dans un long regard riche de sous entendus, Eperyor ajouta, ravi :

- Lady Jarkon s'est portée volontaire aussitôt qu'elle a appris votre arrivée. Elle a accepté de vous accueillir chez elle !

Sans prêter attention à l'expression d'effroi de la jeune fille, Évilia Jarkon commenta cette annonce d'une voix profonde et glaçante :

- Suivez-moi, Éliane Robbins. Vous êtes désormais sous ma protection.

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