Chapitre 11 - Le Manoir Jarkon

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Chapitre 11 - Le Manoir Jarkon

Message par Mickaël le Mar 28 Fév - 1:23

- Je vous demande pardon ?! s'exclama Eliane. Il y a de ça une minute, j'avais l'épée de cette femme contre la gorge !

Lord Éperyor se tourna vers Lady Jarkon, troublé. Cette dernière, par contre, se contenta de rouler des yeux, sans un sourire, avant de croiser les regards suspicieux qui s'étaient posés sur elle.

- Simple mesure de précaution, finit-elle par commenter.

D'un pas lent, elle approcha d’Éliane, la contourna sans la quitter des yeux, avant d'avancer vers Alex, et de le toiser de bas en haut.

- Deux inconnus infiltrent notre cité, clamant venir d'un autre monde... Et je n'aurais aucune raison de me méfier ? Surtout quand je croise cette jeune fille, déambulant seule dans les couloirs de l'Éternum ?
- À vos souhaits.

C'était la première fois qu'Alex s'adressait à Évilia Jarkon. Et, comme vous l'aurez sans doute deviné, la grande femme ne fut pas sensible au trait d'humour de l'adolescent.

- La Tour de l'Éternum est un lieu aussi sacré que protégé, ajouta-t-elle, ponctuant ses paroles d'un coup d’œil dédaigneux. Je ne m'excuserai pas pour avoir préféré la méfiance à l'excès de confiance.

La voix rauque d'Évilia Jarkon résonna encore quelques secondes entre les hauts murs du couloir, avant qu'Éperyor ne reprenne la situation en main. Ce dernier paraissait curieusement embarrassé, confus, et presque humilié d'avoir ainsi été remis à sa place par la nouvelle arrivante. Et il ne fallut pas bien longtemps à Éliane pour comprendre que si le vieil homme possédait le titre officiel de souverain de la cité, quelqu'un d'autre, dans l'ombre, en tirait les ficelles.

Une grande femme au manteau de velours, qui venait de se faire une nouvelle ennemie.

- Suivez-moi maintenant, Mademoiselle Robbins, ajouta Lady Jarkon.
- Ayez donc l'obligeance de prendre Monsieur Mayer avec vous, s'il vous plaît Évilia, pria le Seigneur Eperyor, afin de le déposer chez les Teriak.
- Les Teriak..., commenta Lady Jarkon avec dédain. Soit.

D'un signe de tête, Évilia Jarkon invita Alex à la suivre, avant d'entamer une marche déterminée au travers des couloirs du bâtiment, ponctuant le lourd silence pesant sur le trio du martèlement de ses talons, et du frottement de son long manteau de velours sur le sol de marbre rosé.

À l'extérieur de l'Eternum, la foule qui avait accueilli l'arrivée des visiteurs s'était dispersée, et les véliciens semblaient avoir repris le cours de leur quotidien.

Face aux larges marches de pierre grise séparant l'allée de pavés clairs des portes de la tour, un cocher patientait, raide comme un piquet, près des portes d'un carrosse austère et noir. Le petit homme dégarni, vêtu d'un uniforme bleu guindé et de petites bottines serrées, s'inclina à l'arrivée des visiteurs – un geste qui ne manqua pas de flatter l'ego d'Alex, qui bomba le torse avec exagération – et les fit pénétrer dans le véhicule aux banquettes de velours rouge.

Avant de les suivre, Lady Jarkon annonça ses instructions à la volée, ôta son long manteau d'un geste ample et maîtrisé, puis s'installa, jambes croisées, face aux adolescents.

Sans attendre, le carrosse s'ébranla, tressautant sur les épais pavés, avant de prendre de la vitesse.

Éliane, partagée entre la colère et l'appréhension à l'idée de loger sous le même toit que la femme qui lui avait fait goûter à la lame de son épée, se tourna vers Alex.
Ce dernier lui adressa un bref haussement de sourcils, lèvres pincées.
Aussi curieux que ce fût pour elle, l'adolescente ressenti une chaude vague de sympathie pour son camarade qui, en plus de sembler avoir abandonné les moqueries pendant quelques instants pour compatir au sort de la jeune fille, se trouvait être son seul repère.

Quelle ironie, pensa-t-elle.

Pour la première fois depuis leur immersion en ce monde inconnu, les deux adolescents se trouveraient bientôt séparés. Et même si Éliane aurait sans doute préféré se faire couper la langue par Lady Jarkon sur le champ plutôt que de l'admettre, elle aurait préféré rester avec son insupportable camarade.

Insupportable, mais familier.

Malgré tout, la jeune fille tâcha de conserver toute sa contenance. Hors de question qu'Evilia Jarkon, quelque soient ses raisons de sa haine, ait le sentiment d'avoir de l'emprise sur elle.

Finalement, la calèche s'arrêta avec douceur, nouant en une fraction de seconde le ventre de l'adolescente.

- Nous descendons, annonça Évilia Jarkon. Monsieur Mayer, vous restez ici, le cocher va vous conduire chez les Teriak.

Le petit homme, essoufflé, ouvrit la porte du carrosse pour en laisser sortir Lady Jarkon, puis Éliane, dont la fierté l'empêcha d'appeler Alex à l'aide du regard. D'un simple signe de tête, elle se sépara de son compagnon de voyage, avant que la porte ne se referme sur elle.

Aussitôt, le garçon se glissa de l'autre côté du siège pour voir par lui-même, par la fenêtre du véhicule, dans quelle maison une « Lady » vélicienne pouvait bien résider.

Tout comme Éliane, à l'extérieur, les mots lui manquèrent.

La rue dans laquelle ils se trouvaient était étroite, et beaucoup plus sombre que celles aperçues à leur arrivée dans la cité. Les lumières artificielles trouvaient difficilement leur passage entre les hautes et étroites maisons de la longue ruelle, dans laquelle la résidence Jarkon se démarquait.

Entre deux de ces hautes maisons austères, une grille de fer noir laissait apercevoir un chemin de pierre qui se divisait pour entourer un petit jardin faisant face à la longue bâtisse en arc de cercle qui en épousait la forme.

Les Jarkon étaient – excessivement – riches et le paraissaient plus encore en comparaison de leurs voisins aux façades délabrées.

Tandis qu'Eliane avançait vers le manoir dans le silence le plus complet, à la suite de son hôte totalement indifférente, elle aperçut une petite femme replète sur le pas de la porte. Dénotant radicalement avec son environnement, un large sourire lui barrait le visage avec tant de chaleur qu'il en semblait presque aussi inapproprié qu'une fanfare à une marche funèbre.

Sans un regard pour celle qui semblait faire office de gouvernante, Lady Jarkon franchit le seuil de sa demeure et d'un vague signe de la main par-dessus son épaule, présenta son invité.

- La jeune fille dont je vous parlais, Madame Astarone. Amenez-là à sa chambre.
- Bien Madame.

Après un vague signe de tête à la maîtresse de maison, la gouvernante, vêtue de la petite robe bleue et du tablier blanc qui lui servaient d'uniforme, se tourna vers la nouvelle venue.

- Quel honneur Mademoiselle, quel honneur ! Soyez la bienvenue !

Intimidée par l'imposante et sombre demeure au plafond haut qu'un lustre de métal noir éclairait d'une lueur menaçante, Éliane conserva d'abord le silence. Elle patienta ainsi jusqu'à voir disparaître son hôte, derrière le large escalier de bois sombre trônant au centre du hall circulaire carrelé d'un damier noir et blanc, avant d'oser un commentaire.

- La bienvenue ? Vous êtes sûre ?

La gouvernante, à son tour, s'assura que Lady Jarkon ait quitté le hall avant de réagir.

- J'imagine que vous avez été aussi bien reçue qu'un rongeur dans une fosse aux serpents.
- On dirait que j'ai finalement une alliée dans cette maison.

La gouvernante se tourna vers la jeune fille, bomba le torse en replaçant le petit chignon serré qui retenait sa chevelure brune et frisée, et adressa à l'invitée un sourire en coin riche de sous-entendus.

- Éliane Robbins, se présenta la jeune fille en tendant la main.
- Ornella Astarone, répondit la gouvernante, accompagnant ses paroles d'une ferme poignée de main.
- Quelques conseils à me donner avant de poser un pied dans le piège à loups ?
- Malheureusement, répliqua Madame Astarone, je crains que pour le moment, tout ce dont vous ayez besoin soit du courage. Vivre entre ces murs n'a rien d'une partie de plaisir, veuillez me croire.

Dans un long soupir, Éliane suivit la petite femme, gravissant derrière elle les marches craquantes du grand escalier.

- Lady Jarkon a proposé de m'accueillir, je vais tenter de me rassurer et être un peu raisonnable. Elle ne doit pas être si dangereuse.

À ces mots, Madame Astarone, fit volte-face, et attrapa fermement l'adolescente par les épaules. Au sourire et à la bonne humeur avaient succédé, en une fraction de seconde, un regard profond et grave.

- Oh non ma pauvre enfant, ne tentez pas de vous rassurer. Restez sur vos gardes...

Après avoir balayé les environs des yeux et s'être assurée que les maîtres de maison n'étaient pas dans les parages, Madame Astarone se pencha vers Éliane, et baissa le volume de sa voix dans un murmure à peine audible.

- Lady Jarkon est aussi dangereuse que vous le pensez.

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