Chapitre 6 - Sur les rives du Lac Boréal

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Chapitre 6 - Sur les rives du Lac Boréal

Message par Mickaël le Lun 20 Fév - 22:15

- Je vous demande pardon ?

Toujours sur le défensive, Éliane avait réagi sans attendre à la déclaration du Conteur. Imperturbable, ce dernier parut même s'émouvoir de la réaction de l'adolescente.

- C'est comme voir renaître l'âge d'or de notre Royaume. Vous n'êtes pas les premiers êtres venus d'ailleurs que je croise... Et croyez-moi, aucun ne s'est lancé tête baissée et poing levé. Je reconnais cette peur, ce rejet. Mais vous verrez bientôt aussi ce que la Dame et le pouvoir de l'Étoile ont perçu en vous...
- Aucun hein ? intervint Alex. Moi je suis prêt à y aller !

Le garçon bondit sur ses pieds, et afficha un large sourire provocateur à sa camarade.

- Tu as juste envie de me contredire, répliqua cette dernière. Reste en dehors de ça et laisse-moi nous ramener... Même si je ne serais pas contre l'idée de te laisser ici.
- Et qui est-ce qui se pense plus intéressante qu'elle ne l'est vraiment, maintenant, Robbins ? Tout ne tourne pas autour de toi ma grande. Tu devrais te détendre et prendre tout ça exactement comme tu le devrais : comme une aventure. Crois-moi, ça te ferait du bien.

En silence, le Conteur observa la scène, bras croisé, non sans trahir un certain amusement.

- Alors c'est comme ça hein ? tonna Éliane, en se tournant finalement vers lui. Nous sommes prisonniers ? Vous allez nous annoncer que nous sommes condamnés à rester ici ?
- Vous retournerez chez vous, si c'est ce qui vous inquiète. Je suis l'un des derniers en ces terres à maîtriser quelques bribes de magie, mais je ne sais pas encore contrôler les étoiles, ajouta-t-il avec humour. Seule la Dame d'Argent était capable de communiquer, de temps à autre, avec l'astre originel. Néanmoins, comme je vous l'ai dit, je ne sais où elle s'est exilée.

Marquant une pause, le Conteur s'avança vers Éliane pour poser une main rassurante sur son épaule.

- Je suis bien plus âgé que les apparences veulent bien le laisser penser. J'ai vu ce monde fleurir et dépérir. J'ai vu des générations découvrir le soleil et retourner à la terre. Et j'ai vu, plusieurs fois, l’Étoile offrir une chance à ceux qui la traversaient de vivre ce que votre ami a, avec justesse, qualifié d'aventure. Tous ont eu peur, tous ont failli reculer. Et même si votre présence semble n'avoir aucun sens, faîtes confiance à ce que l'expérience m'a appris : l'ancienne magie sait exactement à qui elle tend la main. Et à votre tour, vous le comprendrez. Comme les héros par-delà l’Étoile qui ont foulé ces terres avant vous.

Habitué à ne pas laisser passer un instant de faiblesse à Éliane, Alex choisit pourtant cette fois de garder le silence, touché bien plus qu'un ego affûté voulait le laisser paraître par le discours du Conteur, et enivré par les péripéties que le Royaume semblaient lui promettre.

- Et puisque personne ne semble vraiment savoir ce qu'on fait ici... Est-ce qu'on est censés attendre qu'un elfe ou un troll vienne frapper à la porte ? osa-t-il finalement, en avançant vers le Conteur, et sa camarade silencieuse.
- Vous trouverez aide et protection près d'ici, dans l'une des deux cités majeures dont je vous ai parlé tout à l'heure. J'imagine que tous, dirigeants, croyants et Protecteurs de la cité confondus, sont en pleine effervescence depuis l'apparition de l’Étoile. Allez donc leur apporter quelques réponses... Ils vous aideront à trouver les vôtres, et mettre à jour la raison de votre présence.
- Et où sommes nous censés trouver cette cité ? demanda Éliane, sortant avec réserve de son mutisme.
- Cette grotte est dissimulée derrière une colline, au pied du grand Lac Boréal. Longez le lac jusqu'aux deux statues. Au vu des récents événements, je ne doute pas qu'un ou deux Protecteurs y montent la garde.

Sans attendre le Conteur avança vers l'une des parois rocheuses de la grotte que les épaisses bibliothèques fournies ne dissimulaient pas.
D'un geste de la main similaire à celui qui avait conduit les deux adolescents chez lui, il parvint sous les yeux de ses deux invités abasourdis à créer une ouverture aussi facilement que s'il avait poussé une porte.

Doucement, un soleil tiède et matinal pénétra la tanière du Conteur. Tandis qu'Alex et Éliane avançaient lentement vers le seuil de la grotte, et de leur nouveau monde, le paysage envoûtant du Royaume s'imposa à eux.

Au premier pas qu'ils osèrent à l'extérieur, la brise fraîche vint leur caresser le visage, et faire virevolter leurs cheveux au rythme de l'herbe humide des terres qui se perdaient à l'horizon, vers les épaisses forêts et montagnes millénaires, gardiennes d'une histoire que l'on avait cessé d'écrire trois siècles auparavant.

Et si Alex et Éliane n'en avaient pas encore vraiment conscience, le livre contant les récits du Royaume venait d'être ouvert à nouveau. Les bouteilles d'encre avaient été débouchées, les plumes se tenaient prêtes à gratter le papier jauni des grimoires aux couvertures épaisses fatigués d'être contenus sur les étagères branlantes des rêveurs parsemant le monde.

Les deux adolescents ne réalisèrent qu'après la longue contemplation de la danse céleste de majestueux oiseaux colorés qui avaient terminé leur parade au sommet des collines les plus proches, que le Conteur avait disparu, et avec lui, l'entrée de sa grotte.

Alors, avant d'oser un pas vers l'univers qui leur tendait les bras, Alex et Eliane échangèrent un dernier, et profond, regard.

- Sept milliards de terriens, Mayer, déclara Eliane. Et il a fallu que ce soit nous deux.

Alex ne put retenir un éclat de rire, auquel sa camarade répliqua par un hochement de tête, et un sourire dépité.

- En route Robbins, et te perds pas en chemin !


Les deux camarades gravirent d'abord la petite colline du Conteur, à la recherche d'une meilleure perspective pour observer le paysage, et trouver leur chemin.

À son sommet, un arbre unique balayé par le vent voyait ses branches se garnir, au rythme que le soleil quittait l'horizon pour poursuivre son ascension vers les cieux, de petites fleurs bleues saphir entre ses grandes feuilles vertes. D'abord, Alex et Éliane ne purent quitter ce petit don de la nature des yeux, et convinrent qu'il ferait un excellent point de repère s'ils devaient avoir, un jour, à retrouver le Conteur,

Pourtant, une fois au sommet de la colline, leurs attention fut détournée par l'immense lac s'entendant de l'autre côté. Entouré d'autres reliefs de tailles variées, le Lac Boreal demeurait, paisible, tel un miroir reflétant les lueurs des cieux.

Il n'y avait, semblait-il, pas âme qui vive aux alentours. Pas un son, rien pour venir perturber le spectacle majestueux de la surface brisée de temps à autre par de timides ridules.

- T'as ramené ton bikini Robbins ?
- Il y avait longtemps que je ne t'avais plus entendu, toi.

Après un simple clin d’œil, Alex bondit avec agilité par-dessus un rocher, pour entamer la descente de la colline.

- Je peux savoir où tu vas ?
- Mets tes lunettes ma grande !

Accompagnant ses mots, l'adolescent remonta les manches de sa veste à haut col et pointa le doigt vers deux morceaux de pierre taillés, dressés côte à côte au bord du lac.

Sans un mot, Éliane prit la route d'un pas décidé, sous le regard amusé de son compagnon de voyage.

Les deux camarades marchèrent dans le silence le plus complet pendant la demi-heure qui les séparait des deux statues décrites par le Conteur. Tandis que la jeune fille poursuivait son chemin, perdue dans ses pensées, Alex, lui, sautait joyeusement au-dessus des obstacles qu'il croisait, et s'adonnait, avec souplesse, à quelques acrobaties.

Les contours des statues devinrent finalement plus claires, se dessinèrent avec plus de précision, pour apparaître comme deux chevaliers, sabre courbé dressé vers le ciel.

Vers l’Étoile, pensèrent de concert Éliane et Alex.

Lorsqu'ils furent enfin face aux deux œuvres, hautes d'une dizaine de mètres, il leur apparut à quel point elles étaient anciennes. La pierre, lorsqu'elle n'était pas recouverte d'une épaisse couche de mousse, semblait avoir perdu de son relief au fil des siècles. Comme à moitié avalées par les éléments naturels, les deux statues ne laissaient plus deviner aucun détail de leur armure, ou des symboles gravés dont il ne demeurait plus que de faibles et incompréhensibles vestiges.

Mais alors que les deux visiteurs s'inquiétaient de ne pas trouver l'aide promise, le son d'une lame que l'on sort de son fourreau résonna derrière eux.

Et, sans avoir le temps de se retourner pour se confronter à la menace, une pointe métallique et menaçante les piqua entre les omoplates.

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